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Retraites: l'aile gauche du PS sera dans la rue

Le 06 September 2013
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Par Mathieu Robert

La réforme est prête! Le projet de loi sur la réforme des retraites a été transmis au Conseil d'État, hier matin. Il sera débattu à l'Assemblée nationale le 7 octobre prochain.

Les principales mesures au désavantage des salariés sont l'allongement progressif de la durée de cotisation - les salariés nés entre 1958 et 1960 pourraient être contraints de cotiser durant 41 ans et trois trimestres, ceux nés après 1973 pendant 43 ans - mais aussi la hausse future des cotisations pour les salariés, dont le détail sera inscrit dans le projet de financement de la sécurité sociale pour 2014.

Parmi les mesures avantageuses pour les salariés, on compte la prise en compte de la pénibilité dans le calcul des retraites: les points accumulés donneraient droit à des formations ou à partir (un peu) plus tôt à la retraite. Autre mesure: la meilleure prise en compte des temps partiels – il faudrait demain cotiser 150 heures au Smic pour obtenir un trimestre au lieu de 200 heures aujourd'hui (voir le détail du projet de loi).

Dès le lendemain de la présentation de la réforme par le premier ministre Jean-Marc Ayrault, le 27 août dernier, les syndicats CGT, FO, Solidaires et FSU appelaient à manifester le 10 septembre, mardi prochain. À Amiens, le défilé partira de la Maison de la culture, comme à l'habitude.

«La retraite des morts»

«Nous sommes contre l'allongement de la durée de cotisation même si c'est à partir de 2020, tonne Denise Boulinguez, secrétaire générale Force Ouvrière dans la Somme. À partir de 1973, ce sera la retraite des morts. Nous avons pu donner notre avis, mais c'est toujours une politique d'austérité que le gouvernement continue de mettre en œuvre.» Le syndicat foulera les rues d'Amiens pour combattre le contenu réforme des retraites, mais aussi pour «parler de l'augmentation générale des salaires».

La CFDT sera absente des cortèges mardi prochain. «Un certain nombre de nos demandes ont été entendues, même s'il reste certaines choses à préciser, explique Dominique Bernichon, président de la CFDT Picardie. L'architecture de la réforme nous va bien. Un des aspects sur lesquels il faut travailler, c'est l'augmentation des cotisations».

La CFTC, non plus, ne prendra pas part à la manifestation. La centrale chrétienne considère «avoir été en grande partie entendue au regard de ses principales attentes», rappelle le responsable régional, Philippe Théveniaud par communiqué.

L'aile gauche du PS de la partie

Certaines organisations politiques répondront également présent. «Nous sommes dans les starting blocs», assure Éric Lecaussoy, secrétaire de la section amiénoise du Parti communiste français. Les drapeaux du Front de gauche et de ses différentes composantes devraient flotter dans les rues d'Amiens, mardi prochain. Là encore, il ne s'agira pas seulement de parler des retraites. «Le gouvernement n'aide pas les salariés. Il oublie encore une fois tous ceux qui ont voté pour eux.»

Mais la contestation ne se bornera pas aux opposants à gauche du gouvernement socialiste. Certains membres du PS pourraient également être de la partie. Lancée par la fédération socialiste des Pyrénées-Atlantiques, une pétition intitulée «Socialistes pour les retraites – pas un trimestre de plus, pas un euro de moins» circule sur internet.

La pétition se veut être un rappel des engagements du candidat socialiste aux présidentielles 2012. «En mai et juin 2012 la gauche a été élue pour défendre nos droits à la retraite, pas pour les remettre en cause». Parmi les principaux signataires, la sénatrice Marie-Noëlle Lienemann, principale animatrice de la motion 3 du PS, l'aile gauche du parti, qui annonçait mercredi, qu'elle soutiendrait la manifestation «sans être dans la manifestation».

«Quand mon gouvernement va dans le mur, je dois le lui dire.»

À Amiens, les signataires de la pétition sont pour la plupart issus de la section amiénoise Jean-Jaurès à Amiens Sud. Parmi eux, les élus municipaux Françoise Berger et Eric Mehimmedetsi. «Je participerai à la manifestation, explique ce dernier qui appartient à la motion 3 du PS. La réforme se fait sur le dos des salariés. Pour moi ce n'est pas acceptable. Le patronat n'aura pas à verser un euro de plus. Quand mon gouvernement va dans le mur, je dois le lui dire.»

Autre signature plus surprenante, celle du candidat à la candidature socialiste pour les municipales 2014, Mohamed Boulafrad. Il devrait également manifester mardi prochain dans les rues d'Amiens, alors qu'il se définit politiquement plutôt proche du centre. «La gauche a été élue pour défendre les droits à la retraite, pas pour les remettre en cause, explique-t-il. J'espère avoir des drapeaux [du PS, ndlr], mais ça ne sera pas évident.»

En revanche, les drapeaux d'Europe Écologie-Les Verts ne flotteront pas au dessus du cortège. Le parti n'appelle pas à manifester même s'il estime, dans un communiqué, que les mesures annoncées «ne suffisent pas à constituer une réforme globale attendue.» À Amiens, certains militants devraient se déplacer mais sous d'autres drapeaux notamment syndicaux. «Chez EELV, nous avons cette culture de laisser s'exprimer les forces syndicales, explique Élodie Héren, secrétaire du groupe EELV dans la Somme. Mais de manière individuelle, nous serons sur place».